coiffeurL’Oréal fait de l’écologie, mais pas où on l’attendait !

En matière d'écologie, la profession des coiffeurs est vraiment à plaindre : la grande majorité des produits à leur disposition est issue d'une fabrication aux procédés de chimies lourdes, c'est-à-dire hautement dangereux pour la santé et pour l'environnement.

Le problème concerne d'abord la manipulation des produits auxquels sont exposés en permanence les professionnels avec la technique (coloration, défrisage, lissage, mèches, etc.) et le coiffage (mousse, spray lissant, laque et autre releveur artificiel de brillance éphémère). Ces expositions permanentes aux produits chimiques viennent, pour ce corps de métier, grossir les statistiques des maladies professionnelles (cancers de la vessie, eczémas de contact, déficits respiratoires) pouvant entraîner un changement de profession forcé, une retraite en mauvaise santé ou le décès.

D'autre part, toute cette chimie qui s'écoule dans les bacs des coiffeurs du monde entier rejoint irrémédiablement les réseaux d'eau urbains qui sont certes suivis et filtrés d'un point de vue bactériologique et viral mais pas d'un point de vue chimique. Malheureusement de telles mesures de filtrage n'existent nulle part sauf sur de rares sites tests loin d'être aboutis et elles seraient de plus bien trop coûteuses à mettre en œuvre. Les milliards de molécules chimiques déversées chaque jour dans le monde par le seul biais des salons de coiffure sont sans cesse redistribuées par nos robinets, finissant dans l'eau de cuisson ou de boisson.

Cette même eau sert aussi à l'arrosage des cultures (petits potagers privés ou grands champs agricoles) et rejoint les cours d'eau (ruisseaux, rivières, fleuves et mers) dont elle dégrade sordidement la biodiversité. Tout cela sans compter les produits chimiques capillaires et corporels qui empruntent les mêmes chemins (depuis la douche, la baignoire, le lavabo ou les toilettes) mais sont déversés cette fois par l'ensemble des consommateurs qui n'ont pas encore fait le choix du bio (presque sans chimie et biodégradable).

Doit-on rappeler ici que même si le bio est loin d'être parfait, il est néanmoins aujourd'hui la meilleure solution citoyenne à notre portée (cosmétique, alimentaire, nettoyage, etc) ? Néanmoins, la profession prend conscience de son immense retard en matière de produits capillaires naturels et de nombreux laboratoires s'attèlent à une recherche et développement qui va dans ce sens. Mais force est de constater que la cosmétique capillaire naturelle de masse a 20 années de retard sur son homologue visage et corps.

L'Oréal, le géant de la cosmétique, semble aux yeux de tous faire sa part en matière d'écologie. En effet, il y a quelques mois, il a annoncé la création en Espagne de sa Green Academy ou « salon de coiffure du futur ». Les objectifs du centre de formation de Madrid sont de sensibiliser les futurs coiffeurs espagnols aux questions écologiques notamment à travers l'utilisation d'un mur du recyclage (plastique, papier, carton, aérosols, verre et aluminium) et la mise en valeur de la préciosité de l'eau en réduisant la consommation des débits utilisés pour le lavage des cheveux (il fallait au moins une Green Academy pour cela !).

Les nouveaux salons de coiffure seront agencés en matériaux écologiques et recyclables. Des efforts d'énergies seront consentis en matière de chauffage des locaux et utilisation du séchoir. L'Academy a elle-même été conçue en bois certifié FCS, en acier et en aluminium recyclable, ainsi qu'avec des peintures écologiques.

Tous ces efforts sont affectivement à mettre en lumière et à saluer. Le recyclage, l'économie d'énergie et le choix de matériaux verts sont en effets des questions et des mesures qui nous concernent tous. Cependant, le numéro un de la cosmétique mondial occulte totalement les vraies questions écologiques qui le concernent en particulier.

Rien sur un nouveau genre de formulation cosmétique plus propre pour la santé de ses employés et de ses clients, les deux sources de sa fortune. Rien sur la qualité de l'eau allègrement polluée via ses produits par des milliers de tonnes de pétrochimie et déversée chaque année dans notre précieux réseau, un des patrimoines de notre humanité. Rien sur l'arrêt des tests sur les animaux concernant l'ensemble de ses gammes (Kérastase, Kéraskin, Redken, Matrix et Pureology). Rien non plus sur la protection de la biodiversité qui, soumise à outrance à ses molécules chimiques, a déjà perdu de nombreuses espèces. À votre avis, que doit-on penser ? Que l'on se moque de nous !


Mise en ligne le 29 janvier 2012