mains se parfumantParfum : hautement toxique !

Le parfum a perdu son essence. Jadis considérés comme des attributs de raffinement suprême et composés d'extraits purs et hautement naturels, les parfums ont été remplacés depuis des décennies par des substances hautement chimiques que l'industrie habille d'un marketing hautement raffiné. La supercherie est si glamour que les consommatrices peinent à croire aux alertes des associations de consommateurs et aux rapports des scientifiques avisés.

C'est bientôt Noël !
La télévision a initié depuis des semaines déjà le grand bal des publicités de parfums haut de gamme. Univers luxueux, idylle romantique, féminité sensuelle et sexuelle, innocence et glamour virevoltent dans cet univers féerique qu'est la parfumerie. Il faut avouer, que, visionné juste après les catastrophes annoncées au JT de 20 heures, ces présents résonnent comme autant d'objets de convoitise offrant une part de rêve qui feint d'échapper à la réalité. La vente des parfums explose dans le monde entier durant la période de Noël. Comme à ses origines, le parfum est aujourd'hui toujours considéré comme l'une des offrandes les plus raffinées qui, au-delà d'une signature olfactive, offre à la personne qui le reçoit une reconnaissance identitaire valorisante. Le parfum est un élixir merveilleux qui redimensionne la personnalité et l'aura de celui qui le porte en augmentant ses champs de communication subtile. Cependant, loin des odeurs de sainteté, le sujet se pare aussi d'une toute autre réalité.

C'est quoi une substance chimique ?
Les substances chimiques de synthèse sont fabriquées par l'homme. Souvent, mais pas exclusivement, à base de sous-produits pétroliers (on parle alors de substance pétrochimique), soit elles reproduisent les phénomènes chimiques naturels à une échelle industrielle, soit elles sont créées à partir de nouvelles molécules inventées par l'homme, inexistantes dans la nature. Les premières peuvent créer une pollution plutôt quantitative (car les cycles naturels ne parviennent pas à en absorber autant) et les secondes se caractérisent souvent par l'absence même de mécanisme naturel de dégradation. Leur faible biodégradabilité, leur persistance et capacité à s'accumuler dans les tissus vivants (humains, animaux, végétaux) créent un phénomène de bio-accumulation. Cette bio-accumulation induit dans les tissus des dysfonctionnements lents mais majeurs.

Cancer, obésité et baisse de la fertilité.
Durant ces 10 dernières années, de nombreuses études scientifiques ont été menées sur le sujet. Les phtalates, muscs synthétiques et éthoxylates d'alkylphénol, pour ne citer qu'eux en matière de parfum (car il y en a des centaines d'autres), présentent un double risque potentiel pour la santé et pour l'environnement par leur caractère persistant et bio-accumulable. Cependant, malgré la connaissance que nous en avons, leur utilisation massive (plusieurs tonnes par ans) fait encore légion. Aussi, de nombreuses études de par le monde ont prouvé que les phtalates pénètrent rapidement la peau et se dispersent dans le corps après chaque utilisation. Une fois introduite dans le corps, cette substance chimique est rapidement transformée en une molécule suspectée d'endommager l'ADN des spermatozoïdes et limiter les capacités pulmonaires de l'homme.

Les phtalates sont utilisés en parfumerie comme agent fixateur. C'est grâce à eux que les parfums laissent un sillage de plusieurs heures, « qu'il tient » comme on dit ! Il est également utilisé comme dénaturant de l'alcool qui est l'excipient (le support physique) des parfums. D'un point de vue législatif et fiscal, cela permet de faire le distinguo avec l'alcool en tant que drink.

L'unité « Études de la reproduction chez l'homme et le mammifère » rattachée à l'Institut de recherche sur la santé, l'environnement et le travail (Irset) de Rennes dirigé par Bernard Jégou, a présenté les résultats de son étude sur les phtalates ; cette étude démontre que ces derniers entraînent une baisse du niveau de testostérone pouvant aller jusqu'à 30 %, confirmant ainsi leur incidence dans la baisse de la fertilité chez l'homme. Ces composés chimiques sont généreusement employés dans les parfums.

Plus précautionneux, le Pr. Jean-Pierre Bourguignon, chef de service associé au service de pédiatrie du CHU de Liège en Belgique, explique que « les perturbateurs endocriniens sont des substances qui peuvent entraîner des problèmes de santé à court et à long terme du fait de leur interaction avec les hormones. La démonstration de leurs effets possibles sur la santé (malformations génitales, baisse de fertilité, cancer, obésité...) est complexe, notamment du fait de la diversité des substances auxquelles nous sommes exposés. Dans l'attente de réponses formelles, le principe de précaution doit prévaloir et s'appliquer, en premier lieu, aux femmes enceintes et aux nourrissons, car les périodes fœtales et postnatales sont les plus critiques.»

Bien que de nombreux résultats d'études scientifiques proviennent de France, de Belgique ou d'ailleurs, les conclusions concernent également la Suisse. Les produits qui comportent les substances visées étant massivement distribués à l'échelle internationale.

Du laboratoire à la parfumerie
Les parfumeurs sont les premiers exposés. Leur laboratoire fourmille de flacons portant une tête de mort qui indique un produit « toxique » ou « très toxique ». Ainsi, la croix noire sur fond orange signale un produit « nocif ». Gants de préparation, masque sur la bouche, chaque substance est précautionneusement manipulée. Des règles de conduite stricte interdisent la moindre goutte dans un évier et les flacons une fois vides doivent être collectés par un réseau de ramassage spécialisé dans le recyclage de matière toxique. La règlementation à ce sujet ne permet aucun écart aux fabricants. Ensuite, les parfums sont acheminés via les réseaux de distribution jusqu'aux boutiques où les consommatrices en font l'acquisition pour s'asperger généreusement la peau, les cheveux et les vêtements ! La glande hormonale la plus exposée à la pratique du parfumage est la thyroïde qui se trouve dans la gorge, au centre de fameux triangle olfactif, entre la pointe du nez et les deux épaules. Dans les bras de papa et maman, les bébés sont aussi indirectement exposés aux substances : leur nez, à hauteur de cou des adultes, lui permet de profiter pleinement des fragrances synthétiques et de l'ensemble de leurs mal faits.

Ce que dit Greenpeace
100 000 substances chimiques sont commercialisées en Europe. Or pour 99% d'entre elles, nous n'avons aucune idée de leurs effets sur la santé et l'environnement. L'ignorance et l'irresponsabilité ont dominé ces cinquante dernières années. Résultat : on retrouve aujourd'hui des substances chimiques industrielles dans l'écosystème le plus reculé... jusqu'au corps humain, si bien qu'aujourd'hui les enfants naissent pollués de plusieurs dizaines de substances chimiques dans le sang ! Cette pollution invisible participe à la croissance de nombreuses maladies chroniques telles que certains cancers ou les troubles de la reproduction, 30 ou 40 ans plus tard.
Après plusieurs années de bras de fer avec le lobby de l'industrie chimique, la réforme Reach, un nouveau cadre européen pour la commercialisation des produits et substances chimiques, est entré en vigueur le 1er juin 2006. Environ 30 000 substances chimiques doivent être évaluées dans les quinze prochaines années. La règlementation Reach est pleine de lacunes, mais elle ouvre néanmoins une nouvelle ère de précaution dans la gestion des produits chimiques. Greenpeace est convaincue que les fabricants ne développeront des efforts significatifs d'écoconception que lorsqu'ils endosseront individuellement la responsabilité financière des impacts sanitaires et environnementaux des produits de leurs propres marques. La « responsabilité individuelle du producteur » doit, à l'instar de Reach et de la substitution, devenir la norme internationale.

Les alternatives
Quelle femme n'est pas tombée amoureuse de son parfum, quel homme ne s'est pas identifié à une odeur qui le caractérisait pleinement ? Malheureusement ou heureusement, aujourd'hui la vigilance est de mise et le sacrifice en vaut bien la chandelle ! La parfumerie bio s'organise depuis plusieurs années, aussi la Suisse compte de rares et précieuses marques de parfums bio (Shantara, pour ne citer qu'elle !), qui font école dans le domaine. Néanmoins, la composition d'un parfum bio n'est pas aisée, car les parfumeurs ont dû réapprendre leur métier afin d'être à nouveau capables d'inventer des formules exclusivement à base de substances naturelles. La formulation olfactive relève d'une précision horlogère et les savoir-faire naturels d'antan sont tombés aux oubliettes pour être remplacés par les facilités qu'offre la chimie, bien moins exigeante en matière de savoir-faire et de qualité.

Face à cette réalité, le conseil le plus avisé est de bien réfléchir avant d'offrir un parfum chimique à une personne que vous chérissez. Pour vos proches ou pour vous-même le principe de précaution incite à se tourner vers des gammes de parfums biologiques et surtout labélisées, dans lesquelles eaux de toilettes ou de parfums ne comportent pas (par interdiction du cahier des charges) les substances mentionnées plus haut.

Les odeurs sont moins cinglantes en bio qu'en chimie, c'est certain, mais peu à peu le nez se réhabitue à des tonalités naturelles. Les odeurs de propre qu'offrent les muscs synthétiques n'existent pas en bio et pour cause ! Et si la persistance du sillage est plus courte dans le bio qui utilise uniquement des fixateurs naturels, le geste de se parfumer est porteur de tant de féminité qu'il est presque dommage de ne se parfumer une seule fois par jour !

sources :

www.greenpeace.org
www.futura-sciences.com
www.docbuzz.fr
www.news.doctissimo.fr
www.neo-planete.com

Mise en ligne le 1 novembre 2011