formulation chimiqueL'autopsie du bio (pour les curieuses qui aiment lire)

L'argument « sans produit chimique » est le premier attrait de la cosmétique bio pour les consommatrices. Loin d'être le seul intérêt, il est néanmoins le plus important car il est en lien direct avec la préservation de la peau et de la santé. En réalité les produits bio sont très mal connus des consommatrices, hormis quelques initiées qui ont mené elles-mêmes une longue et tortueuse investigation pour y comprendre quelque chose. La cosmétique bio est la petite sœur de l'agriculture bio. Sa principale caractéristique est d'être capable d'offrir aux consommateurs une traçabilité, de la naissance de la matière première à la consommation du produit final. Tour d'horizon...


Un cosmétique bio doit être composé :

- à 95% d'origine naturelle
Beaucoup de consommatrices pensent que la cosmétique bio est composée à 95% d'ingrédients biologiques. Pas du tout. Un cosmétique biologique est composé de 95% d'ingrédients d'origine naturelle, ce qui ne veut pas du tout dire la même chose. Qu'est-ce qui se cache dans ces 95% d'origine naturelle ?

- de l'eau en abondance
Cette part est la plus importante d'une émulsion, comme nous l'avons montré dans la rubrique « cosmétique traditionnelle, l'eau n'est pas une substance labélisable. En effet, une matière première comme l'eau ne peut offrir aucune traçabilité. D'où vient telle ? Quel biotope a-t-elle traversé ? Depuis combien de temps séjourne-t-elle dans les nappes phréatiques avant de couler dans nos robinets ? Les cahiers des charges autorisent tout type d'eau : eau de source, eau de consommation, eau « osmosée » ou eau déminéralisée, sous réserve d'analyses ou d'attestations prouvant la potabilité.

L'eau bio n'existe donc pas, même si celle-ci compose la formule à hauteur de 60% à 90%, on comprend alors aisément pourquoi un cosmétique bio formulé (blanc) ne peut pas contenir 95% d'ingrédients biologiques (cette précision est importante, car quand il s'agit d'huiles ou de mélanges d'huiles, le pourcentage de bio peut alors grimper jusqu'à 100%).

- des végétaux
Cette fraction est la plus précieuse car c'est elle qui renferme les trésors que nous offre la nature. C'est elle qui regorge d'actifs traitants aux bienfaits les plus multiples. Les végétaux sont presque tous labélisables, ils offrent une traçabilité sans équivoque et permettent de maintenir le niveau de qualité et d'efficacité attendu par les consommatrices.

- des minéraux
Ils sont autorisés dans la mesure où leur extraction n'engendre pas la pollution et/ou la dégradation du paysage. Ils doivent être conformes aux critères de pureté exigés par le référentiel. Ils ne font pas l'objet d'une liste spécifique au sein de ce dernier. Toutes les argiles, les roches, les silices et tout ce que fournissent le sol et la terre en général entrent dans cette catégorie. Précieux sous de multiples aspects ces matériaux ne sont pas labélisables pour autant, car, comme l'eau, ils ne peuvent offrir aucune traçabilité.

- des substances d'origine marine
Il en va de même pour les substances marines qui n'offrent aucune traçabilité ; algues, planctons et eau de mer ne sont pas labélisables. De plus, les océans sont devenus le réceptacle de nombreuses pollutions.

- des substances d'origine animale
Les matières premières extraites d'animaux vivants ou morts sont interdites (ex : les cellules de foie de veau, actif anti-âge phare de certaines grandes marques du sélectif). Néanmoins, certaines substances recueillies sans induire la mort de l'animal sont autorisées, comme tous les produits de la ruche (miel, propolis, cire, pollen), les laitages (vache, ânesse, brebis..), la lanoline (matière graisseuse recueillie sur les moutons). Ces substances sont labélisables, car les animaux peuvent être élevés dès leur naissance selon les normes d'un cahier des charges biologique. La traçabilité est donc possible.

De la chimie dans le bio ? :  5% autorisés !!!
C'est l'aspect le moins bien compris de la cosmétique bio. Pourquoi la cosmétique biologique, qui dénonce les méfaits de la chimie, se permet-elle à son tour d'autoriser des substances chimiques ? L'explication se situe au niveau de la sécurité du consommateur. Les produits qui contiennent une majorité d'eau sont assujettis très rapidement à la prolifération microbienne, ce qui représente un grand danger pour le consommateur.

Les créateurs des cahiers des charges français sont des professionnels de la formulation qui savent que les conservateurs sont incontournables pour le moment. Sans conservateurs, le produit aurait une durée de vie de quelques jours. Aussi, ils ont choisi d'autoriser les mieux tolérés par la peau. Dans l'idéal, les recherches et les avancées du secteur tendent à les faire disparaître.

Conservateurs autorisés en cosmétique bio :
- Acide sorbique : d'abord isolé à partir des baies immatures du sorbier (Sorbus aucuparia), on le trouve également dans certains fruits et légumes.
- Acide dehydroacetique : d'origine synthétique
- Acide benzoique : Aussi utilisé comme conservateur alimentaire, il est naturellement présent dans certaines plantes.
- Alcool benzylique : Alcool primaire de forme brute, qui peut provoquer des irritations.
- Acide salicylique : L'acide salicylique est naturellement synthétisé par certains végétaux (comme la reine-des-prés ou le saule), on le retrouve notamment dans des fruits.
Néanmoins, beaucoup de marques de cosmétique biologique n'ont pas recours aux conservateurs autorisés. Celles-ci utilisent des conservateurs naturels qui sont parfois issus de leur propre recherche et développement (épices, vit, huiles essentielles, etc...). Ainsi, le produit peut afficher plus que le minimum imposé par le cahier des charges, soit 100% et non 95% d'ingrédients d'origine naturelle). Les 5% de synthèse ne sont pas une obligation, mais seulement une possibilité. Aussi, on rencontre rarement plus de 2% de conservateur voire souvent moins de 1%. Les 5% admis sont considérables et rarement atteints.

Les végétaux doivent être bio à 95%
De compréhension facile, ce point nécessite peu d'explications. C'est le plus souvent dans cette phase que réside la part de bio. Néanmoins, si les exigences du cahier des charges s'arrêtaient là, les fabricants peu scrupuleux pourraient se contenter d'une phase végétale de 2%. Mais pour répondre aux exigences de cette mesure, il suffirait que 95% de ces 2% soient bio, un ratio ridicule ! Heureusement, le dernier point du cahier des charges vient verrouiller la formule sur des ratios qui avantagent non seulement la qualité, mais aussi l'efficacité des formules ( voir ci-dessous).

Le total doit présenter au minimum 10% de substances certifiées bio
Nous avons vu que les deux seules phases certifiables sont les végétaux et les productions animales. Or, c'est vraiment là que résident les actifs les plus merveilleux de la cosmétique naturelle. En fixant à 10% la part certifiable, le cahier des charges de la cosmétique biologique garantit du même coup une cosmétique extrêmement active et performante. Rappelons que le ratio des actifs dans un produit traditionnel non bio est de 1% (voire moins) à 3% maximum. La cosmétique biologique en propose 10 % d'emblée, puisés dans la phase végétale (réceptacle sans fond d'actifs traitant) ou dans la phase animale. Donc, dire que le bio ne contient que 10% de bio est une remarque qui ne peut trouver écho que dans l'oreille d'un profane.

100% bio, ça existe aussi !
De plus en plus de marques tentent de transcender les minimas imposés par les cahiers des charges (10%) et y arrivent à merveille. Les marques comme Phyt's, Melvita ou Weleda (pour ne citer qu'elles) sont bien au dessus des barèmes imposés. C'est précisément sur ce point qu'on distingue les marques qui proposent du bio a minima (répondant tout juste aux critères imposés par les cahiers des charges) et les marques qui multiplient par 4 ou 5 les minimas obligatoires (au prix d'un coût de revient plus important). Au-delà du bio pur et simple, c'est bientôt la notion d'engagement et d'éthique qui prévaudra.

D'autre part, les formules 100% bio concernent surtout les huiles végétales (type huile d'argan, amande douce, soja, sésame, etc...) ou les mélanges d'huiles végétales et d'huiles essentielles. Ici, pas besoin d'un conservateur, car les huiles s'auto conservent très bien (dans certaines conditions). Pour les huiles essentielles, elles sont alors présentes à la fois pour assurer une fonction d'actifs traitants, mais aussi une fonction de conservateurs.

Mise en ligne 15 avril 2011