Coulisses: Les faux semblants

La mention "naturel" sous-entend un cosmétique composé de végétaux, du moins c'est ce qui est implicitement compris par la consommatrice. Le mot « naturel » renvoie ainsi un message qui semble clair, mais s'avère trompeur. Les mentions du type « Première marque mondiale de cosmétique végétal », « Inspiré par la nature », « Proche de la nature », « Fabriqué à base de plantes » ou encore « Créateur de cosmétique végétal » ne nous renseignent aucunement sur la nature du produit.Ces pratiques ont pour effet de détourner l'attention de la consommatrice de la véritable réalité du produit.

D'autres types de mentions sont plus subtils car, clamant l'absence de substances controversées par l'opinion publique, elles semblent fondées sur une vérité. Le meilleur exemple est l'allégation « sans paraben » : celle-ci rassure immédiatement la consommatrice sur l'innocuité du produit et coupe court aux suspicions. En vérité, ce type de formules cache des ingrédients plus discutables encore que les paraben, à la fois sur le plan environnemental, mais aussi et surtout sur le plan sanitaire (ex : le phénoxyéthanol).

À titre d'exemple, la marque Ardeco présente Skin yoga Bio Lab, un produit « sans paraben » et « sans parfum » aux codes couleur vert, blanc et argent qui peut être facilement confondu avec un produit bio. En effet, le produit contient le mot « bio », il annonce une haute technologie et 70% d'ingrédients naturels, mais ne dit pas clairement que le reste a subi des transformations chimiques.

Autre illustration, moins flagrante cette fois car la mention « bio » n'y figure pas, mais où les codes du bio trônent en bonne place, par exemple, The Body Shop avec Aloes masque protection intense yeux sensibles, code couleur vert et blanc, et une photo de plante verte. Le nom de la marque est placé au centre d'un cercle, tel un label biologique. Pourtant, parmi ses composants, on trouve du diméthicone, du propylène glycol ou du PEG, des substances pétrochimiques parmi les plus controversées. Là encore, la consommatrice est dupée par le jeu sémantique et visuel. Pour comble, le produit est classé dans la catégorie des produits bio sur le célèbre site « beautetest.com ». Conclusion, même les professionnels n'y voient que du feu !

Naturel-identique

Le "naturel-identique" (surtout utilisé en parfumerie) n'est autre qu'une copie synthétique faite à l'identique du naturel. Comprenez, cela ressemble à du naturel, cela sent comme le naturel, mais ça n'est pas du naturel. Pourtant, cela permet à certains fabricants de revendiquer 100 % naturel sur le produit, en jouant à nouveau sur l'ambiguïté de la sémantique. Ça marche !

Actifs 100% naturel

Attention, on nous parle ici uniquement des actifs, si ceux-ci représentent 2% de la formule, cela signifie que les 100% de naturel annoncés sont en vérité 2%. L'effet d'annonce a souvent raison de la réflexion à mener.

Naturel donc inoffensif

L'allégation « 100% naturel » ne peut garantir l'innocuité. L'arsenic, l'uranium, le mercure, les formaldéhydes et surtout le pétrole sont tous des matières premières naturellement présentes dans les sols, aussi, ils sont tous toxiques, voire mortels.

Naturel donc écolo

En cosmétique, être naturel ne suffit pas à garantir un impact minimum sur l'environnement. En effet, certaines ressources naturelles, exploitées sans discernement, peuvent aussi influencer de façon négative le développement durable des écosystèmes. On peut citer dans ce cadre l'huile de palme. La demande de cette matière première a explosé ces dernières années en cosmétique et son exploitation en forte expansion est une des causes de la déforestation massive des forêts tropicales, notamment à Bornéo.

Pas simple d'étre naturelle!

Mise en ligne 15 avril 2011