Les nanoparticules : trop peu connues

Dans les années 80, la nanotechnologie est apparue aux industriels comme une avancée majeure dans le monde de l'infiniment petit. Les industriels se sont emparés de la découverte sans attendre d'avoir un recul suffisant sur les effets à long terme et l'ont incorporé à bon nombre de produits de consommations courantes, tels les produits d'hygiène, de maquillage et de soin.

Les nanoparticules sont des éléments invisibles à l'œil nu (de l'ordre 1 et 100 nanomètres (1 nm = 10-9 m = 0,000000001 m). Elles sont donc plus grandes que des atomes et plus petites qu'une cellule. En cosmétique, elles sont utilisées comme des véhicules visant à transporter les actifs au cœur des cellules permettant un taux de pénétration des produits jamais atteint jusque-là.

Ces vecteurs nouvelle génération sont issus de la pétrochimie et recouvrent les craintes et les interrogations des scientifiques eux-mêmes. Plusieurs études ont ainsi démontré, soulignent l'IPEN et l'EEB, que des nanomatériaux d'ores et déjà disponibles dans le commerce pouvaient endommager l'ADN humain, entraîner la mort de certaines cellules, s'avérer toxiques pour certaines espèces végétales et animales, nuire à la reproduction des vers de terre (dont le rôle dans l'écosystème est fondamental).

Du fait de leur nature chimique, mais aussi de leurs propriétés physiques (dimension, surface, forme et structure), les nanoparticules se comportent de façons très différentes et peuvent, par inhalation, ingestion ou absorption à travers la peau traverser les barrières qui, d'ordinaire, protègent nos organes de toute intrusion. Ainsi, certains nanomatériaux seraient susceptibles de traverser la barrière placentaire, et aller au contact des bébés avant même qu'ils ne soient nés. . )

La fin de vie des nanomatériaux est elle aussi sujette à caution, et l'on ne sait pas vraiment en quelle mesure ils peuvent être recyclés. Or, 95% des nanoparticules utilisées en cosmétique, dans les peintures et les enduits, pourraient se retrouver dans les eaux usées ; et même enfouis ou incinérés, les nanotubes de carbone dont la production, en 2007 et 2008, est estimée à 350 tonnes- sont susceptibles de rester intacts et de se disperser dans l'air ou l'environnement.

Une autre question se pose également quant à la capacité de l'organisme à éliminer les nanomatériaux vidés de leur contenu. Que deviennent-ils ? Comment le corps gère ces milliers de particules absorbées pas la peau ?

Dans un précédent rapport consacré à la nanotoxicologie, le projet européen NanoSafe2, chargé de "développer une stratégie de risque et de management pour une production industrielle sécurisée de nanoparticules" relève ainsi que : "L'étude des effets toxiques des nanomatériaux est encore en cours et de nombreuses questions n'ont toujours pas de réponses.

Le nombre de nanoproduits évolue très rapidement. Il est dès lors urgent d'examiner, pour chacun d'entre eux, les risques d'exposition et leur toxicité potentielle. De nouvelles méthodes mesurant la toxicité doivent être développées et validées. L'impact potentiel sur la santé humaine et l'environnement devrait être testé sur l'ensemble du cycle de vie des matériaux."

Bien que les nanos matériaux semblent représenter une inovation non négligeable en matiére de médecine et de traitement ciblé par des nanomédicaments, l'EEB est revenu sur cette nouvelle révolution industrielle en rappelant que, de leur temps, l'amiante et le DDT avaient eux aussi été parés de toutes les vertus, avant de causer les dégâts que l'on connait.

Mise en ligne 15 avril 2011