L'Appel de Paris : les scientifiques nous apportent des preuves

La gravité de la dégradation de l'environnement et celle des maladies qui en sont la conséquence a conduit de nombreux scientifiques à lancer l'Appel de Paris, déclaration internationale sur les méfaits sanitaires de la pollution chimique.

Au cours de ces deux derniers siècles, notre monde a considérablement changé. Il n'est plus celui des peuples qui vivaient en harmonie avec la nature. Cette alliance a été rompue et l'est un peu plus chaque jour. Nous avons désormais asservi la nature à nos ambitions et à nos besoins, sans la respecter.

En raison de la période de latence existant entre l'exposition aux polluants et les premières manifestations cliniques, les maladies environnementales que nous observons aujourd'hui témoignent de la pollution qui existait il y a 10 ou 15 ans. Pour exemple, le CIRC (Centre international de la recherche contre le cancer) a réalisé une estimation de l'incidence et de la mortalité par cancer dans le monde pour l'année 2008 et fait une projection pour l'année 2030.

Voici les conclusions :
L'incidence des cancers est très élevée dans les pays développés et en forte progression dans les pays en phase de transition économique. Le nombre de nouveaux cas de cancers dans le monde a été estimé à 12,4 millions pour l'année 2008, avec une projection à 26,4 millions pour l'année 2030. Il s'agit de la deuxième cause la plus fréquente de décès en Europe, après les maladies cardiovasculaires.

Le cancer est responsable de trois décès sur dix chez les hommes et de deux décès sur dix chez les femmes. Le nombre de décès par cancer a été estimé à 7,6 millions pour l'année 2008, avec une projection à 17 millions pour l'année 2030. Le cancer le plus fréquent et le plus meurtrier est le cancer du poumon chez l'homme et le cancer du sein chez la femme. Concernant l'enfant, on dénombre chaque année +1,5% de cas supplémentaires de leucémie (cancer du sang) à la naissance.

Cette incidence est en moyenne de 120 par million d'enfants par an, soit près de 2 000 nouveaux cas par an rien qu'en France, où ils représentent la deuxième cause de mortalité pour les enfants de moins de 1 an.


La répartition des principaux cancers de l'enfant est la suivante : leucémies et lymphomes 40%, tumeurs cérébrales 25%, neuroblastomes 6%, tumeurs des tissus mous 6%, tumeurs osseuses 5%, rétinoblastomes 2%. Près de la moitié des cancers surviennent avant l'âge de 5 ans. Il existe globalement une prédominance masculine. (cancero.unice.fr/sitelocal/.../lecon144.htm). Plus de chiffres.


D'autre part, selon les données de la commission européenne, il a été mis sur le marché environ 100 000 substances chimiques sans contrôle toxicologique suffisant. Or, sur les 100 000 substances, un certain nombre ont des propriétés CMR (cancérigéne, mutagéne, reprotoxique).

En fait nous ne connaissons pas le nombre exact de molécules actuellement déversées sur le marché. On admet que sur les 30 000 substances chimiques aujourd'hui commercialisées, environ 5000 ont été partiellement étudiées pour leurs propriétés toxiques et seulement moins d'un millier pour leur effet cancérigène. Tel est le problème et le point de rupture qui s'annoncent.

Ces substances se retrouvent par exemple dans de nombreux produits : équipements électriques ou électroniques, produits cosmétiques, produits alimentaires, produits de nettoyage, produits d'aménagement intérieur, produits d'usage courant. Le premier avertissement international des hommes de science sur la gravité de la situation est venu des États-Unis par la « déclaration de Wingspread » de 1991. Dans cette déclaration, les 22 biologistes américains indiquent que, en raison leur persistance dans l'environnement et de leur accumulation dans les chaînes alimentaires, les produits chimiques de synthèse libérés dans la nature, sont capables de dérégler le système endocrinien des animaux, et donc aussi celui de l'homme.

Ces vingt dernières années, dans les pays développés comme dans de nombreux autres, les politiques de santé publique ont fait face à l'émergence de nouveaux fléaux (grippe en tout genre), aux dépends de maladies plus anciennes et bien connues comme le cancer qui n'ont cessé d'augmenter. Un point fondamental est que ces maladies concernent non seulement les adultes mais aussi les nouveaux nés et les enfants en très bas âge, qui ne peuvent être soupçonnés ni de tabagisme, ni d'une mauvaise hygiène de vie, ni de stress ou d'alimentation déséquilibrée. De ce constat est né l'Appel de Paris.

Le 7 mai 2004 à l'UNESCO se sont réunis, dans une même volonté, des scientifiques internationaux de renom, des médecins et des représentants d'associations environnementales, lors du colloque « Cancer, Environnement et Société » organisé par l'ARTAC (association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse). De cette union entre scientifiques et organisations non gouvernementales est né l'Appel de Paris, déclaration historique sur les dangers sanitaires de la pollution chimique qui s'articule autour de 3 points.

Article 1 : le développement de nombreuses maladies actuelles est consécutif à la dégradation de l'environnement.

Article 2 : la pollution chimique constitue une menace grave pour l'enfant et pour la survie de l'Homme.

Article 3 : notre santé, celle de nos enfants et celle des générations futures étant en péril, c'est l'espèce humaine qui est elle-même en danger.

L'Appel de Paris marque l'opinion en mai 2004. Soutenu par le professeur Luc Montagnier (Prix Nobel de médecine en 2008), ainsi que par diverses équipes de recherches de l'INSERM et du CNRS, il fut rejoint depuis par de nombreux autres scientifiques de tous les pays. Il a recueilli l'adhésion et l'appui de personnalités éminentes telles que les deux Prix Nobel de médecine français, les Prs François Jacob et Jean Dausset, de nombreux membres des Académies des sciences et de médecine parmi lesquels les Prs Jean Bernard, Yves Coppens, François Gros, Lucien Israel, des personnalités médiatiques, humanistes comme Nicolas Hulot, Albert Jacquard et Boutros-Ghali.

Sa déclaration est apparue excessive à certains scientifiques qui refusent pour le moment de remettre en cause les anciens paradigmes de la médecine. Néanmoins, avec le temps, les critiques à l'encontre l'Appel de Paris se sont évanouies, et celles qui subsistent encore ne sont plus entendues. Malgré les foudres et les pressions exercées par les lobbyings de l'industrie chimique sur les scientifiques, personne n'a retiré sa signature.

L'Appel de Paris est un document de référence pour les instances européennes. Aujourd'hui, plusieurs centaines de scientifiques internationaux, près de 1000 ONG et environ 200 000 citoyens y ont apporté leur signature (à l'Appel). Il a été signé par le Conseil national de l'ordre des médecins ainsi que par l'ensemble des conseils nationaux de l'ordre des médecins et les syndicats médicaux des 25 états membres de l'Union européenne regroupée au sein du Comité permanent des médecins européens représentatif des deux millions de médecins européens. (source : avant qu'il ne soit trop tard, éditions Fayard, Pr Dominique Belpomme)

Cette proclamation est une mise en garde solennelle, médicale et scientifique surtout à l'adresse des pouvoirs publics internationaux. Gageons que, malgré le poids du passé, le poids des idées reçues, le poids des lobbies et surtout le poids des centaines de milliards de dollars que représentent l'industrie chimique et ses dérivés, les politiques agiront en faveur de la vie qui les anime.

« Les grands problèmes auxquels nous faisons face ne peuvent être résolus en suivant le raisonnement qui a contribué à les créer. » d'Albert Einstein

Pour en savoir plus :. http://www.artac.info/

Mise en ligne 15 avril 2011